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Comment ne plus être résident fiscal en France pour Dubaï

Comment ne plus être résident fiscal en France en partant à Dubaï : critères de l'article 4 B du CGI, convention France-EAU, année du départ et exit tax.

Marina Ramirez Lorca
par Marina Ramirez Lorca Fondatrice et directrice générale de LorcaBase

Publié le
9 min de lecture

Partir vivre à Dubaï ne fait pas automatiquement de vous un non-résident fiscal français. C’est l’administration fiscale qui apprécie si vous restez domicilié en France, en appliquant l’article 4 B du code général des impôts (CGI), et non l’adresse inscrite sur votre bail. Si vous restez domicilié en France, vous y êtes imposable sur l’ensemble de vos revenus, même si vous vivez et travaillez aux Émirats, où il n’existe pas d’impôt sur le revenu des personnes physiques.

Le cas de Dubaï a en outre une particularité méconnue : la convention entre la France et les EAU permet à la France de continuer à imposer un résident des Émirats qui reste fiscalement domicilié en France selon le droit français, sauf s’il est citoyen émirati. C’est pourquoi le départ se planifie, il ne s’improvise pas.

Ce guide explique quand le fisc vous considère comme résident, ce qui se passe l’année du départ, quand s’applique l’exit tax et les étapes pour transférer votre résidence fiscale aux EAU en gardant tout documenté.

Quand le fisc vous considère-t-il résident fiscal en France ?

Selon l’article 4 B du CGI, vous avez votre domicile fiscal en France si vous remplissez l’un de ces critères. Un seul suffit :

CritèreCe que regarde l’administrationComment cesser de le remplir
Foyer ou lieu de séjour principalLe foyer : le lieu où vous habitez normalement avec votre famille (conjoint, partenaire de Pacs ou concubin, enfants). À défaut, le lieu de séjour principal, en règle générale plus de six mois de présence en France dans l’annéeInstaller votre foyer à Dubaï, famille comprise, et ne plus séjourner principalement en France
Activité professionnelleSi vous exercez en France une activité, salariée ou non, sauf si elle y est accessoire. Les dirigeants d’une entreprise dont le siège est en France et qui y réalise plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires sont présumés y travailler à titre principalExercer votre activité principale aux EAU
Centre des intérêts économiquesSi vous avez en France vos principaux investissements ou le siège de vos affaires, ou si vous en tirez l’essentiel de vos revenusTransférer aux EAU le centre de vos affaires et de vos revenus

Le foyer est le critère qui réserve le plus de surprises. Le Conseil d’État l’a rappelé pour un contribuable installé aux EAU (20 mars 2023, n° 452718) : son épouse et ses enfants vivaient dans sa maison en France. Même s’il séjournait principalement aux Émirats, son foyer était en France et il y était imposable sur l’ensemble de ses revenus au regard du droit français.

La convention France-EAU ne vous protège pas toujours

Quand deux pays vous considèrent comme résident en même temps, la convention fiscale décide lequel l’emporte. Celle signée entre la France et les EAU le 19 juillet 1989 ne réserve pas la qualité de résident des EAU aux nationaux émiratis : est résidente des EAU toute personne qui y est domiciliée ou établie. Un Français installé à Dubaï peut donc invoquer ses règles de départage : foyer d’habitation permanent, puis centre des intérêts vitaux, séjour habituel et, en dernier lieu, nationalité.

Mais son article 19, paragraphe 2, prévoit que lorsqu’un résident des EAU est fiscalement domicilié en France au sens du droit interne, ses revenus sont imposables en France nonobstant toute autre disposition de la convention, la France imputant seulement l’impôt perçu aux EAU. Cette clause ne s’applique pas aux citoyens des EAU. Depuis 2025, l’article 4 B précise en outre qu’une personne n’est pas domiciliée en France si une convention ne la regarde pas comme résidente de France : l’articulation de ces textes est technique et doit être analysée au cas par cas.

La seule stratégie solide est de ne plus remplir aucun des critères de l’article 4 B.

Les EAU ne sont pas un État non coopératif pour la France

Le droit français ne prévoit pas de « quarantaine » qui vous garderait contribuable pendant plusieurs années parce que vous partez vers un pays sans impôt sur le revenu : dès que vous ne remplissez plus aucun critère de l’article 4 B, vous n’êtes plus domicilié en France. Ce qui existe, c’est la liste des États et territoires non coopératifs (ETNC) de l’article 238-0 A du CGI. Selon le motif de l’inscription, y être établi entraîne notamment des retenues à la source majorées sur certains revenus de source française, comme les dividendes, et prive du sursis automatique de l’exit tax.

Les EAU ne figurent pas sur cette liste, dans sa version issue de l’arrêté du 15 avril 2026, en vigueur depuis le 27 avril 2026, qui compte onze États et territoires. La liste est mise à jour au moins une fois par an : vérifiez-la avant de partir.

L’année du départ : la date compte

En France, l’année du départ est coupée en deux, à condition que vous ne remplissiez plus aucun critère de l’article 4 B à partir de cette date :

Période de l’année du départComment vous êtes imposé
Du 1er janvier à la date de votre départComme résident : revenus de sources française et étrangère perçus sur cette période
De la date du départ au 31 décembreComme non-résident : uniquement les revenus de source française imposables en France

Les deux périodes se déclarent au printemps de l’année suivante. Ce qui clôt votre dernière période de résident :

Exit tax : si vous détenez des titres de valeur élevée

L’article 167 bis du CGI impose, lors du transfert de votre domicile fiscal hors de France, les plus-values latentes sur les titres détenus par votre foyer fiscal. Il ne s’applique que si vous avez été fiscalement domicilié en France pendant au moins six des dix années précédant le départ et si l’une de ces deux conditions est remplie :

La plus-value se déclare l’année suivant le départ. Le sursis de paiement est automatique vers un État de l’Union européenne ou un État lié à la France par une convention d’assistance administrative et une convention d’assistance au recouvrement, s’il n’est pas un ETNC. Les EAU ne figurent pas sur la liste des États hors Espace économique européen remplissant ces conditions publiée par l’administration : pour Dubaï, le sursis doit donc en principe être demandé, avec un représentant établi en France et des garanties constituées avant le départ. Si vous conservez vos titres, l’impôt est dégrevé au bout de deux ans (cinq ans au-delà de 2,57 millions d’euros), ou plus tôt si vous revenez en France.

Pas à pas pour transférer votre résidence fiscale à Dubaï

  1. Obtenez la résidence légale aux EAU. Avec un visa investisseur, un visa de salarié ou un Golden Visa. Nous l’expliquons dans résidence entrepreneuriale à Dubaï et dans le Golden Visa.
  2. Remplissez les critères émiratis. Selon la Cabinet Decision 85/2022, vous êtes résident fiscal aux EAU si votre résidence habituelle et le centre de vos intérêts financiers et personnels s’y trouvent, si vous y passez 183 jours ou plus sur 12 mois consécutifs, ou si vous y passez 90 jours ou plus et que, en plus d’un permis de résidence, vous y disposez d’un logement permanent ou d’un emploi ou d’une activité.
  3. Demandez le certificat de résidence fiscale (TRC) à la FTA. C’est la preuve de votre résidence fiscale aux EAU. Nous nous en chargeons dans résidence fiscale aux EAU.
  4. Signalez votre départ au fisc français. Communiquez votre nouvelle adresse à l’étranger depuis votre espace en ligne (messagerie sécurisée). Au printemps suivant, déclarez vos revenus jusqu’à la date du départ et vos revenus de source française perçus ensuite (sur papier, formulaires 2042 et 2042-NR), en indiquant la date du départ et votre nouvelle adresse. Ensuite, votre interlocuteur est le service des impôts des particuliers non-résidents.
  5. Ordonnez vos intérêts économiques. Vérifiez d’où vous dirigez vos affaires et ce que vous gardez en France : c’est ce que l’administration examinera pour l’activité professionnelle et le centre des intérêts économiques.
  6. Conservez les preuves. Bail ou titre de propriété à Dubaï, visa et Emirates ID, relevé des entrées et sorties du pays et TRC de chaque année. En cas de contrôle, ces pièces établiront que votre foyer, votre activité et vos intérêts sont aux EAU.

Planifiez avant de partir

Ne plus être résident fiscal en France est un processus, pas une formalité : tout se joue avec la date du départ, l’endroit où restent votre famille et vos intérêts, et les preuves accumulées dès le premier jour. Partir d’abord et penser au fisc ensuite est la façon la plus courante de rester imposé en France sur des revenus gagnés à Dubaï.

Chez LorcaBase, nous vous conseillons en anglais et en espagnol sur le volet émirien : votre fiscalité à Dubaï, la résidence et le TRC aux EAU. Pour le volet français de votre départ, coordonnez-vous avec un conseiller fiscal en France. Si vous voulez savoir comment se présentent les impôts une fois sur place, commencez par notre guide des impôts à Dubaï.

Références

Sources et références

Références utilisées pour contextualiser cette page et ses données principales.

BOFiP, BOI-IR-CHAMP-10 : IR, Champ d'application et territorialité, Personnes imposables et domicile fiscal ▸

https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/1911-PGP.html/identifiant=BOI-IR-CHAMP-10-20160728

BOFiP, BOI-INT-CVB-ARE : Convention fiscale entre la France et les Émirats arabes unis ▸

https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/845-PGP.html/identifiant=BOI-INT-CVB-ARE-20120912

BOFiP, BOI-INT-DG-20-50-10 : Constitution et mise à jour de la liste des États et territoires non coopératifs ▸

https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/12855-PGP.html/identifiant=BOI-INT-DG-20-50-10-20260826

Service Public : Impôt sur le revenu d'un Français qui part vivre ou travailler à l'étranger ▸

https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F31442

BOFiP, BOI-ANNX-000480 : Tableau récapitulatif des sanctions applicables en fonction du critère d'inscription sur la liste des États et territoires non coopératifs ▸

https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/12816-PGP.html/identifiant=BOI-ANNX-000480-20210224

Conseil d'État, 3ème et 8ème chambres réunies, 20 mars 2023, n° 452718 ▸

https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CE/decision/2023-03-20/452718

Service Public : Avez-vous bien déclaré vos comptes domiciliés à l'étranger ? ▸

https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18891

BOFiP, BOI-ANNX-000445 : Liste des États ou territoires hors Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative et une convention d'assistance au recouvrement (dispositif dit de l'exit tax) ▸

https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/8027-PGP.html/identifiant=BOI-ANNX-000445-20121031

Cabinet Decision No. 85 of 2022 on the Determination of Tax Residency ▸

https://tax.gov.ae/Datafolder/Files/Legislation/Corporate%20Tax/Cabinet%20Decision%2085%20of%202022%20-%20For%20publishing.pdf

Federal Tax Authority: Tax Residency Certificate Service ▸

https://tax.gov.ae/en/services/issuance.of.tax.certificates.aspx

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FAQ

Questions fréquentes

Combien de jours faut-il passer hors de France pour ne plus être résident fiscal ?
Compter les jours ne suffit pas. Le séjour principal en France (en règle générale, plus de six mois dans l'année) n'est que l'un des critères de l'article 4 B du CGI. Vous restez aussi domicilié en France si votre foyer y est, par exemple parce que votre conjoint et vos enfants y vivent, si vous y exercez votre activité professionnelle principale ou si vous y avez le centre de vos intérêts économiques. Un seul critère suffit.
La convention France-EAU me protège-t-elle si le fisc estime que je reste résident ?
Pas toujours. Elle ne réserve pas la qualité de résident des EAU aux nationaux émiratis et prévoit des règles de départage (foyer d'habitation permanent, puis centre des intérêts vitaux). Mais son article 19 permet à la France d'imposer les revenus d'un résident des EAU qui reste fiscalement domicilié en France selon le droit français, sauf s'il est citoyen émirati. Le plus sûr est de ne plus remplir aucun critère de l'article 4 B.
Existe-t-il une quarantaine fiscale si je pars vivre à Dubaï ?
Non. Le droit français ne vous maintient pas contribuable pendant plusieurs années parce que vous partez vers un pays sans impôt sur le revenu : seuls comptent les critères de l'article 4 B du CGI. Et les EAU ne figurent pas sur la liste française des États et territoires non coopératifs, dans sa version issue de l'arrêté du 15 avril 2026.
Quelles démarches faire auprès des impôts quand je pars à Dubaï ?
Signalez votre nouvelle adresse à l'étranger depuis votre espace en ligne, par la messagerie sécurisée. Au printemps de l'année suivante, déclarez vos revenus de sources française et étrangère du 1er janvier à la date du départ, puis vos revenus de source française perçus ensuite, en indiquant la date du départ et votre nouvelle adresse. Les années suivantes, votre interlocuteur est le service des impôts des particuliers non-résidents.
Si je pars à Dubaï en cours d'année, à partir de quand suis-je non-résident ?
À partir de la date de votre départ, si vous ne remplissez plus aucun critère de l'article 4 B du CGI. L'année est coupée en deux : vous êtes imposé comme résident sur vos revenus de sources française et étrangère jusqu'à cette date, puis comme non-résident sur vos seuls revenus de source française jusqu'au 31 décembre.
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